La famille Tournier (intitulé du site)

 
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Les campagnes de Claude Joseph Tournier de 1792 à 1797

Claude Joseph Tournier (1764/1840) - Maître charpentier à Chatillon (Jura), engagé volontaire dans le 5ème bataillon du Jura, 8ème compagnie, en février 1792 jusqu'en juillet 1797. Participe au siège de Mayence, à la guerre de Vendée et à la campagne d'Irlande.

En 5 années, on estime qu'il aura parcouru environ 6 000 kilomètres à pieds :

A son retour, il copie ses notes dans un livret, pieusement conservé par sa famille. Ce manuscrit constitue un véritable reportage sur cette époque.

Ce qui suit est la transcription quasi intégrale du manuscrit de :

Claude Joseph TOURNIER, de Chatillon sous Curtine, département du Jura.

Livre concernant les résultats des routes et logements depuis le commencement de la guerre de la Révolution Française à commencer depuis quatre vingt douze dans le Cinquième Bataillon du Jura, 8ème Compagnie.

L'orthographe des noms de lieux est celle du texte.

Le siège de Mayence

Arrivé le 23 février dans le chef-lieu du département du DOUBS à BESANCON ; départ du 24 à BAUME, le 25 à CLERVAL et à l'ISLE SUR LE DOUBS. Le 26 à BELFORT et le 27 à THANN, Haute Alsace, en garnison jusqu'au 3 avril.

Partis pour CERNAY, et à ROUFFACH, et à COLMAR, chef-lieu du département du Haut-Rhin.

Le 4 à SELESTA, du 5 à ERSTEIN, le 6 à STRASBOURG, chef-lieu du département du Bas-Rhin, en garnison dans la ville, dans le quartier neuf des Suisses, jusqu'au 1er de mai.

Ensuite casernés à la citadelle : mai, juin et jusqu'au 22 juillet. Campé au camp de Plobsheim de l'avant-garde de l'armée.

Partis le 28 avec toute l'armée en général au nombre de vingt trois mille hommes, et ensuite campé dans la plaine de Brûnn.

Le 29 campés aux sables d'HAGUENEAU, le 30, 31 juillet et 1 août. Le 2, partis pour WISSEMBOURG campé jusqu'au 13 au matin, sur les 2 heures du matin, partis pour LAUTERBOURG, ensuite campés jusqu'au 31 août.

Le dit jour, le 5ème bataillon du Jura est parti pour BERGZABERN, la principauté appartenant au Duc des Deux Ponts, à 2 lieues de WISSEMBOURG et 4 lieues de LANDAU dans le Palatinat.

Le 29 septembre, nous avons fait route pour LANDAU, arrivés à 1 heure après midi, ensuite, logés au petit Landau.

Le 30, arrivés à SPIRE (Speyer) et de là sortie à 2 lieues et bivouac, arrivés à Spire et de là campé dans la plaine de Spire prise par notre armée le 29 septembre.

Depuis le 2 octobre campé dans la plaine de Spire jusqu'au 9, ledit jour partis pour Landau ; arrivés à une lieue et demie, campé. Toute l'armée a campé en chemin sur Mayence.

Ensuite, partis le 16 octobre à 9 heures du soir sur 2 colonnes. Passés à Guermesheim, ensuite à Neustadt, campé au dessous de Hômbourg (?) à 2 heures du 17.

Sur les 10 heures du matin du 18, nous avons levé le camp, de là. Passé une petite rivière à pied à côté du pont (défense à qui que ce soit de passer sur le pont parce que ce dit passage nous aurait mis en retard, à seule fin que nous arrivions devant Mayence (MAINZ) dans la nuit pour surprendre notre ennemi.

De Quellertourte (QUELLERTHOR ?), passés à Falkenstein (FRANKENTNAL ?).

Ensuite arrivés à 5 heures du matin du 19 à une lieue proche de Mayence sur la hauteur proche Barbacq (BIBERACH ?)

A notre arrivée, l'artillerie légère faisait déjà feu sur la ville avec leurs pièces de canons de 8.

Environ les 2 heures, nous avons descendu la montagne et de suite campé notre 5ème bataillon en Beauvaisis et les 2 bataillons et le 2ème de la Haute Saône, tous les 4 bataillons campés à gauche du quartier général au sud de la ville. Longe le 2ème de Saône et Loire et le 3ème du Jura campés à notre gauche à l'occident du petit couvent et les bataillons de grenadiers au levant et le reste de l'armée ensuite qui était à la droite du quartier général et la cavalerie dans la plaine de Saint Croix (?), tous proches du fort d'Hofstein (?). l'armée composée de 23.000 hommes qui (se) présentait sur trois colonnes en bataillons carrés, et la ville formait le 4ème sur les bords du Rhin ; et l'artillerie légère tirait continuellement le canon en voltigeur pour savoir où étaient les batteries de leurs forts avancés. La journée du 19, on a fait que tirer le canon.

La nuit du 19 au 20, nous avons envoyé un piquet de 50 hommes pour faire une petite attaque à l'avancée de la porte Gauthor entre le fort Saint Philippe et St Elisabeth ; pour lors la dite attaque a eu lieu sur les 2 heures du matin de manière que nous avons eu trois soldats tués.

Le jour étant arrivé, l'artillerie a recommencé le feu ; dans le courant de la journée, nous leur avons envoyé un trompette pour leur demander s'ils voulaient se rendre pour ne point essuyer l'assaut, que toute notre armée était prête à le faire, qu'on leur avait dit par les paysans du voisinage qui nous avaient préparé de la paille pour 100.000 hommes par ordre du Général en Chef Custine, et pendant l'espace de 8 heures de temps, des grenadiers et 6 autres bataillons n'ont fait que de tourner autour d'une petite montagne à une portée et demie de canon de la ville qui est à peu près à la même élévation en face de la tour du point de vue.

Ainsi, la journée étant finie, l'on nous fait savoir dans toute l'armée l'ordre qui a été donné à 6 heures du soir de nous tenir prêts pour monter à l'assaut à trois heures du matin de la nuit du 20 au 21 octobre, que nous trouverions les échelles sur les glacis.

Pour lors, à environ 10 heures du soir, les clefs de la ville nous ont été envoyées par un trompette, sur ordre du gouverneur, sous la condition qu'il ne soit fait aucun mal à qui que ce soit et que la garnison ne soit pas faite prisonnier de guerre ainsi que de leur accorder de se retirer chez eux au sujet que c'était une grande partie des troupes du Prince Palatin la garnison n'était que de 4.000 hommes tant d'une partie que de l'autre rive du Rhin.

Le 22, le 5ème bataillon du Jura a campé sous les glacis de la ville, le 23, prise de FRANCFORT le 30 nous avons levé le camp, ensuite, nous sommes partis cantonner à Mousbac (Morsbach ?) à une heure après midi, qui est à une lieue et demie de Mayence sur la rive droite du Rhin.

Le 7 novembre, nous avons eu les ordres de partir pour ... Caffet (Kassel ?). ensuite, passés à ES sur le Main (Höchst ?) ; de là, on nous a envoyé coucher dans les villages aux environs du fort de Quinistein (Koenigstein).

Le 8 au matin, nous sommes passés au pied du fort avec Beauvaisis dans une petite ville que nous avons prise tout de suite après Francfort, de sorte que nous avons traversé les montagnes sur la partie orientale en tirant sur le nord, et de suite logés un petit village, les quatre dernières compagnies placées dans un vallon au delà, nous nous sommes trouvés divisés pendant un jour et, le 9 au matin, partis pour Ouserigge, (?) pays appartenant au prince de Nassau.

Le 10 novembre, partis pour Brandebourg, arrivés à une lieue proche, nous avons fait halte dans une forêt à environ 11 heures du matin et l'après-midi, nous nous sommes remis en marche et nous avons arrivé proche du château de la princesse d'Hesse et, de suite, nous avons fait halte en espérant des ordres, des ordres de l'arrière-garde de l'armée ou des nouvelles de ce qui se passait à la prise de Limburg, sur la route pour arriver au fort d'HEINRICHSTEIN de HESSE.

Ensuite les nouvelles nous sont arrivées vers les 4 heures du soir que notre avant-garde avait fait 700 prisonniers de guerre et pris sept pièces de canons où il y a eu beaucoup de soldats tués de part et d'autre. Et ensuite nous avons appris la nouvelle que le général Kellermann n'avait pas marché sur Coblence comme il l'avait promis et que l'armée du Roi de Prusse marchait sur nous, ensuite nous sommes allés loger dans le château de la princesse d'Hesse ou toute l'armée a couché sauf l'avant-garde et l'artillerie légère.

Le 12, nous avons replié sur Friedberg, avant nous sommes repassés à Ouserigue (?) et le 13 sommes arrivés à Friedberg, de là il y a un château qui est fortifié qui est au-dessus des salines où nous avons fait 300 prisonniers de guerre. Les salines sont faites en "graduation" en corps de bâtiments sous la même construction qu'à Lons-le-Saunier, dans le Jura.

Le 13 arrivés à Friedberg, logés dans un village à un quart de lieue de la ville. Du 14 au 17, cantonnés audit village.

Partis le 18 pour Francquefort et de suite cantonnés à Boucneim ? (Berbach ?) qui est au sud de environ une demie lieue de la ville. Cantonnés jusqu'au 28 où l'ordre est arrivé par une ordonnance de faire route hâtivement et de suite nous sommes partis et nous avons couché dans un village aux environs d'Hesse à environ minuit de la nuit du 28 au 29, l'ordre arrive que toute l'armée se réunisse dans la plaine d'Hesse. Le 30 novembre, en général, toute l'armée se trouve réunie (à Kônigstein ?) et de suite (organise ?) des batteries pour placer nos pièces de canons et pour nous tenir prêts à livrer bataille à l'armée qui était au nombre de soixante mille hommes. Notre avant-garde et la leur se sont battues dans la plaine de (Bericneim ?) et avec notre artillerie légère, dans ce (combat) il y a beaucoup perdu de monde, notre artillerie tirait à mitraille sur eux qui étaient placés au bord du bois, et ledit jour, ils nous ont pris Francquefort où nous avions quatre bataillons, le 2ème de Saintonge et un bataillon de réquisition de la Haute-Saône et un autre du Haut-Rhin et l'autre des Vosges qui ont été en partie détruits par les Juifs et les bouchers de la ville avec tous les canonniers.

Le 3, nous avons appris qu'ils ne cherchaient pas à nous livrer bataille de suite, ils se sont mis en marche, une partie de leur armée sur notre droite passant dans les forêts des montagnes au couchant pour tâcher de nous couper notre retraite sur le pont de Mayence pour nous faire prisonniers de guerre. Pour lors, nous sommes obligés de battre en retraite à 2 heures du matin du 3 décembre pour être avant eux ; on tenait dans un poste avancé de sorte que personne du bataillon ne nous est venu appeler avant les 6 heures du matin, qui était notre adjudant major ; ainsi nous étions tous de la 8ème Compagnie au nombre de 30 et de suite nous avons rattrapé l'arrière-garde de l'armée avec l'artillerie légère qui se battirent et le 1er bataillon de Chasseurs du Jura et 2 autres qui étaient avec le Général Custines et nous avons les ordres dudit général de continuer notre route pour suivre avec l'armée que nous avons rattrapée à 2 lieues en avant d'Es (?), sur la route de Mayence. Arrivés à 2 heures de l'après-midi sur les hauteurs du Kem (Bruckheim ?), nous nous sommes rangés sur trois colonnes l'armée réunie et toujours l'arrière-garde soutenait la retraite.

Ledit jour à 6 heures du soir, notre bataillon et le 3ème, le 1er de Saintonge et le régiment de Beauvoisis ont reçu l'ordre de nous rendre à Cassel (Kastel ?).

Et le 4 de décembre, nous avons travaillé à la construction du fort neuf dudit Kastel jusqu'au 31 décembre 1792.

FIN DE LA PREMIERE CAMPAGNE

Page 20

2è Journal des routes et logements de la 2è Campagne de 1793 à commencer du premier Janvier qui renferme les principales attaques et des sorties de la garnison de Mayance avec (?) l'armée du Roi de Prusse.

Du 6 Janvier :

Attaque faite par 10.000 hommes de l'armée du Roi de Prusse environ 5 heures du matin ils ont commencé à faire l'attaque des avant gardes de la garnison et de suite ils ont entouré le (bourg ?) d'Oquem (Hechtsheim ?) et de sorte qu'ils ont attaqué de suite. Le premier feux (a) commencé à 4 heures du matin (et) a duré jusqu'à 10h, la garnison française forte de 4.000 hommes s'est battue contre 10.000 et se sont fait jour a travers des colonnes ennemies avec la baïonnette pour se faire passage et se sont retranchés dans Costem (Hockeim ?) ou il y avait deux bataillons de grenadiers et aussi un bataillon de Chasseurs d'Artois et de Bretagne.

Voilà le jour que notre ennemi s'est emparé du bourg de Hockeim, qui était le 6 de Janvier du jour des Rois ou il y a eu beaucoup de soldats de tués.

Page 22

Blocus de Mayance le 30 Mars 1793 (jour de Pâques) par l'armée du Roi de Prusse.

Les garnisons de Cassel (Kastel) et Mayence font la première sortie en date du 10 au 11 Avril. Notre 5è bataillon c'est trouvé de bivouac cette nuit à son tour a l'avancée du fort de Kastel, ensuite on a fait la sortie sur trois colonnes notre bataillon a été placé dans celle de droite ou nous avions les chasseurs à la tete. Celle de gauche il y avait les Grenadiers de la Marques et le bataillon de Rhône et Loire (Saône et Loire ?). Ensuite les chasseurs "desquination"? qui étaient de Paris. Celle du centre il y avait Aunis, St Onge (Saintonge) et autre qui a fait fausse attaque. Les grenadiers de la Marques ont pris d'assaut les deux forts qu'ils avaient fait sur la hauteur de "Pribricque ?" Les chasseurs de Paris étaient sur leur droite ainsi ils ont eu le malheur de faire feu sur nos grenadiers qui avaient pris déjà leurs forts croyant que c'était encore l'ennemi qui était dedans pendant que notre colonne avait pris Costem (Hochheim ?) par deux fois et ensuite nous avons ramassé tous les bestiaux qu'il pouvait y avoir et nous nous en sommes emparés pendant que la colonne de centre égorgeait les soldats dans leurs tentes sur les hauteurs entre (Hochheim) et Pribruque (?). ainsi si les chasseurs de Paris ne c'étaient pas mépris nous les aurions tous pris dans leur camp, de sorte qu'ils ont eu le temps de se mettre en défense n'ayant pas exécuté de suite notre attaque qui était pour les surprendre ; que même nous leur avions égorgé toute leur avant garde sans tirer un seul coup de fusil, de manière que nous avions bien commencé, et la fin a été mal entendue. Ainsi nous avons été obligés de nous retirer ; ils nous faisaient feu à mitraille dessus et nous ont détruit beaucoup de monde, ainsi que nous. Le feu a duré depuis les 3 heures du matin jusqu'a midi que nous sommes rentrés dans le fort deCassel (Kastel) et de suite de part et d'autre on a demandé la cession d'armes pour avoir le temps d'enterrer les morts ; jour du 11 au matin du mois d'Avril.

Page 26

Epoque du changement de Cassel (Kastel) à Mayence pour les travaux de fortification de la ville.

Travaillé à la construction du fort neuf de Cassel (Kastel) le 14 avril 1793, ensuite passés à Mayence sous les ordres du général Deblore ? et Merlin ? représentant du peuple pour être employé au magasin de l'arsenal, pour faire faire les travaux les plus urgents qui se présenteront et de suite j'ai obtenu les ordres du commandant Jeannin, d'Orgelet, et j'ai commencé à travailler le 15.

Etat concernant les époques des principales sorties de la garnison de Mayence et Castel (Kastel) des combats qu’elle a eu avec l’armée du Roi de Prusse qui tient le blocus depuis le 29 et 30 mars 1793.

2° sortie faite le 22 avril ..... les chasseurs de Cassel (Kastel) avec une autre partie de la garnison et notre bataillon ainsi que moi qui avaient passé à Cassel (Kastel), nous avons été attaquer Costein (Hochheim ?) et nous l'avons repris ce jour aux Prussiens et nous les avons repoussés jusque sur la hauteur d'Hoquem (Hochheim), et les grenadiers et les francs (?) de la garnison de Mayence ont attaqué du coté de Vestenau (Weisenau ?) et de Berbacq (Biebrich ?) ; du côté de leur quartier général où il y avait des détachements de toutes les compagnies de la garnison qui ont pris une pièce de canon à leur batterie de Vestenau (Weisenau) . Et les francs (?) et les grenadiers sont sortis par la porte Gautor et sont allé les attaquer jusqu'à leur quartier général et nous leur avons tous égorgés leur arrière garde. Le combat a duré depuis les 2 heures du matin jusqu'à 6, ainsi nous leur avons donné l'épouvante dans leur camp ; ils tiraient de tous côtés le canon, le jour même nous les avons attaqués sur 4 points différents à la fois et nous avons fait des prisonniers que on leur a rendus de suite. Et nous nous sommes retirés de suite.

Page 30 - Mai 1793

Les prisonniers que nous faisions dans nos sorties et des déserteurs nous racontaient les nouvelles qui se passaient en France, leur (discours) concernait la retraite de l'armée du Nord.

La première fois qu'ils ont fait le feu de mousqueterie (18 mai fête de Pentecôte), nous croyons que c'était notre armée qui se battait avec eux pour venir nous débloquer.

2° réjouissance faite le 29 mai par les prussiens (jour de la fête Dieu) dans leur camp et retranchement pour lors ils ont commencé à tirer le canon en commençant par leur droite dans la première batterie qu'ils ont placée sur la hauteur de Weisenau et ont continué à tirer pensant trois fois de suite tout autour de nous et ensuite la fusillade et cela pendant 2 heures de temps.

Juin 1793

Pour (jour ?) mémorable d'une sortie faite par la garnison de Mayence le jour de la fête de St Jean Baptiste du 24 juin où il a péri beaucoup de soldats de part et d'autre.

L'on a commencé à faire apprendre des ouvriers pour placer dans les courtines munis de clous d'acier avec des marteaux dans leurs poches et avec chacun une hache et un mousqueton soit pour enclouer les pièces de canons et (ou) pour casser et détruire leurs affûts et autres, et pour les retranchements nous avions des compagnies munies de pelles et de pioches, de sorte que nous avons commencé à (nous) diriger (vers) les sorties des environs.

Page 32

Sur les onze heures du soir du 24, la fausse attaque est faite du côté de Weisenau et une autre à Cassel(Kastel) du côté de Costein (Hochheim), pendant que les trois autres colonnes se portaient sur leurs avant-postes et les détruisant pour se faire passage pour avancer sur l'ennemi en le surprenant pendant que le canon tirait dans les fausses attaques (pour) à seule fin qui (qu'il) ne sache point sur la partie que la vraie attaque se fait. Et c'est ainsi que cela leur fait porter des forces où la vraie attaque n'est point, de sorte que la première colonne qui est sortie par la porte Mesdor (Metzthor) s'est rendue dans Barbac (Biebrich) où est leur quartier général et ont tout détruit leur avant-poste et ont été dans leur parc d'artillerie de l'armée et ont égorgé leurs gardes.

Si la colonne de gauche avait avancé comme celle de droite, nous aurions pris leur Etat Major de leur armée ; c'est la seule cause qui nous a fait manquer notre coup et de suite comme ils n'étaient point secondés que nous n'avions pas assez de force, leur cavalerie a eu le temps de monter à cheval ; elle est tombée sur la légion et un bataillon de grenadiers qu'ils nous ont une grande partie détruits et allait nous faire prisonniers, et nous sommes (avons) été obligés de bien vite battre en retraite.

Et nous avions une autre colonne qui était passée à l'île St Pierre qui effectuait son passage pour passer de l'autre côté du Rhin en face de Mousbac (Mombach ?) pour tenter de les surprendre par derrière dans leur batterie sur la hauteur de Pribricq (Biebrich ?), ainsi les batteries que l'on croyait en état ne n'étaient point de rapprochant de l'autre bord ils tiraillèrent à fond, le feu du canon n'a point cessé de toute la nuit et on s'est retiré ; et depuis cette époque (sur la fin de Juin), ils ont approché leurs batteries de nos forts, et depuis cette époque, nous n'avons plus fait de grande sortie ; et après ils se sont approchés de si près que de manière en se battant (et) en prenant plusieurs fois la même position dans un jour, tantôt c'était nous autre la garnison, et un instant après, c'était eux, et après ils étaient si prés qu’ils ont fait du feu dans la ville en nous y mettant le feu par les bombes et obus, et les barcasses, l'ancienne cathédrale a eu le premier assaut, ensuite, le lendemain, la neuve qui était notre magasin d'habillement . (En Juillet).

Page 37

"Arrangement conclu de part et d'autre de la capitulation du blocus et sièges de la ville de Mayence le 23 Juillet 1793 assiégés par l'armée du Roi de Prusse."

Les conditions et conventions faites par les deux intéressés, où il a été arrêté et convenu entre les deux parties, Savoir :

avec l'armée française qui a essuyé le siège et blocus de la ville de Mayence, et celle qui en a fait le siège où il est dit :

L'armée française remettra avant son départ les clefs de la ville et des souterrains et magasins et tous les postes et forts de la ville et le fort neuf de Kastel et armement et équipement, et généralement tout ce qu'il y a d'utile et nécessaire, substances et autres qui se trouvent au moment de la présente capitulation, sera remis en possession par la garnison française à celle du Roi de Prusse sous les conditions que l'armée française sortira avec les honneurs de la guerre.

Savoir :

Elle sortira premièrement la 1° colonne, le 24, à environ midi, et partira par la porte Mesdor (Metzthor) avec tambours battants, drapeaux déployés, avec armes et bagages et 2 pièces de campagne ; et la 2° colonne partira le 25 et sortira environ à la même heure sous les mêmes conditions avec 2 pièces de campagne et le Roi de Prusse fournira les chevaux nécessaires pour les transports et équipages de toute l'armée française qui a essuyé le siège et blocus dudit Mayence.

Fait et arrêté par les deux Etats Majors des deux armées le 23 juillet 1793.

Page 40

Observation de changement de corps d'une époque à l'autre par les ordres des généraux en chef pour former une compagnie.

Claude Joseph Tournier, natif de Chatillon sous Curtine, en combe d'Ain, département du Jura, est parti volontairement dans la première formation des volontaires dans le cinquième bataillon du Jura, de l'enregistrement du 10 Août 1791 ; d’où il est passé dans la compagnie d'Ouvriers du Génie, le 24 Juillet 1793, lors de la reddition du siège et blocus de Mayence.

Livre 2° qui renferme les résultats des routes et des logements de la 2° compagnie de la Révolution française, de la sortie de Mayance pour arriver en France.

Page 40

Livre 2° qui renferme les résultats des routes et des logements de la 2° campagne de la Révolution française, de la sortie de Mayance pour arriver en France.

Partis de Mayance à midi précise le 24 juillet, la 1° colonne et nous sommes sortis par la porte Messidor (Metzthor) et ensuite nous avons trouvé le Roi de Prusse avec toute sa suite qui étaient rangés en bataille avec une division de son armée placée devant le fort St Philippe qui nous regardait défiler et, ensuite, nous avons trouvé un régiment des « Ousare (Hussards) de Saxe Rouge » qui nous ont escortés et ensuite, après avoir fait environ 5 lieues, nous avons bivouaqué.

Le 25 au matin, nous sommes partis et sur les 8 heures du soir, nous sommes arrivés aux environs de trois lieues proche de la ville Deux Ponts (Zweibrücken) et nous avons bivouaqué pour la 2° fois ; sur les 8 heures du soir du 26, nous nous sommes remis en marche ; à environ les 11 heures du soir, nous sommes passés dans la ville de Deux Ponts et de suite arrivés à Elbeaubourg ( ?) pour le troisième bivouac. Le 27, sur les 6 heures du soir, nous sommes partis en marche pour la 2° nuit de suite, le 28 arrivés proche de Ricquenfeld (?), la 4° fois bivouac.

Le 29, nous sommes partis pour St Wendel et arrvés à Chérubourg, frontière de France, et nous avons logé dans un couvent ; et le dit jour, nous avons eu chacun quatre onces de pain, des munitions, des hussards de Saxe qui nous ont fait la conduite jusqu’à une demi lieue de l’armée de la Moselle à 2 heures de Saarlouis. le 30 juillet au matin, nous avons continué notre route ; à environ les 9 heures, nous avons trouvé l’avant-garde de notre armée et, ensuite, à 10 heures, nous avons trouvé l’armée campée à deux lieues de Saarlouis.

Page 44

Environ midi, nous sommes arrivés à Sarlibre (Saarlouis) et, de suite, on nous a envoyés coucher sous les blindages des fortifications. Le 31 juillet, séjour ; grand tumulte.

Le 1° août, nous sommes partis, arrivés à Boulay.

Le 2, nous avons continué notre route et nous sommes arrivés à environ 8 heures du matin dans la ville de Metz, chef-lieu du département de la Moselle, et l’on nous a fait ressortir de la ville et, de suite, on nous a fait bivouaquer au pied des fortifications et nous avons obéi aux ordres croyant qu’on nous envoyait, en espérant des billets de logement ; de sorte que on a commencé à distribuer de la paille pour nous coucher et, de même, la municipalité nous a fait mettre (dire) que nous avions abandonné Mayence comme des lâches. C’est ainsi qu’une compagnie de Grenadiers a pris les armes et a été à la municipalité pour se faire donner des billets de logement pour toute la colonne, environ 46 bons bourgeois de la ville venaient nous chercher pour nous loger, la plus grande partie des bourgeois a logé sans billet de sorte qu’il y a eu un grand tumulte dans la ville.

La guerre de Vendée

Page 46

Le 3 août, nous avons continué notre route, arrivés à Pont à Mousson. Partis le soir pour Nancy, arrivés à la pointe du jour du matin du 4 qui est le chef-lieu du département de la Meurthe où nous y sommes restés depuis le 4 jusqu’au 8 en espérant les ordres de la Convention que nous avons reçus le 6, qui nous a fait connaître pour ne pas être maltraités du peuple comme nous l’avons été jusqu’à maintenant, et le 7 nous avons eu les ordres de faire route pour la Vendée en postes, et le 8 nous nous sommes mis en route et nous sommes arrivés à Toul ; le 9, partis pour Vaucouleurs et nous avons été logés dans un village qui est Montigny.

Le 10, passée à Brunet et de suite arrivés environ 4 heures de l’après-midi à Joinville.

Du 11 août à Brienne (le Château) où il y a un cabinet d’histoire naturelle et une superbe manufacture pour filer le coton.

Le 12, nous sommes arrivés à Troyes, Champagne, chef-lieu du département de l’Aube.

Le 13 à Ville Neuve sous Vannes ( ?).

Le 14, à 10 heures du matin, nous sommes arrivés à Sens, en Bourgogne, département de l’Yonne.

Le 15 à Courtenay, et le 16, séjour.

Le 17, avons repris notre route, arrivés à montargis.

Le 18, partis pour Bellegarde.

Du 19 août, de Bellegarde à Châteauneuf sur Loire.

Le 20, arrivés à Orléans, chef-lieu du dpt. du Loiret. La garde nationale des Bourgeois nous est venue au devant avec leur musique et deux pièces de campagne et, dès leur arrivée, ils se sont placés à la tête de notre colonne et n’ont cessé de tirer le canon jusqu’à notre arrivée sur la place.

Le 21, nous nous sommes mis en route pour arriver à Beaugency.

Du 22, arrivés à Blois et le 23 au matin, nous avons embarqué sur la Loire pour nous rendre à Amboise.

Le 24 août, arrivés à Tours, dépt. d’Indre et Loire ; séjour jusqu’au 29 août où je suis entré à l’hôpital de Noirmoutier.

Le 25 août, la compagnie d’ouvriers du génie a été organisée sur ordre de Rhubet (?) et Merlin de Thionville, représentants du peuple ; et le général (du pays) de Tours, où toutes les escouades des différents corps d’état ont été formées.

Dont je suis entré à l’hôpital de Noir Moutier, dans le couvent général des moines et suis resté jusqu’au 29 octobre et suis entré en convalescence au château de Tours jusqu’au 1° décembre. Puis parti pour Langeais ; le 2 à la Chapelle Blanche, le 3, arrivé à Saumur.

Du 4, séjour en garnison au château de Saumur, en subsistance dans le 70° régiment d’infanterie.

Le 9, la compagnie est arrivée à Saumur et je suis parti le 10 avec la compagnie étant à la poursuite des brigands et nous sommes arrivés à Baugé ; et notre compagnie y a couché.

Le 11, nous avons fait route pour arriver à La Flèche. Sur la route, il y avait beaucoup de brigands de tués. Etant arrivés à La Flèche, on a trouvé l’hôpital rempli de brigands tués, ainsi que dans les greniers à foin et dans les caves des maisons, et dans tous les coins de rues, on en trouvait, de sorte qu’ils nous avaient coupé le pont. C’est ainsi que je suis désigné pour le rétablir, avec quatre autres de la compagnie.

Partis le 24 décembre pour … (Seiche ?)

Le 25, arrivés à Angers, chef-lieu du département du Maine et Loir.

Le 26, à Ingrandes ; le 27, arrivée à Ancenis.

Le 28 à Nantes, département de « Loire Inférieure », 22 lieues d’Angers.

Page 53

3° journal qui renferme les résultats des routes et des logements de la 3° campagne de le révolution française de l’an 2 de la République une et indivisible, et de 1794  (ancien style).

Partis de Nantes le 21 Pluviose (9 février) pour Montaigu.

Le 22, nous avons pris les vivres à Montaigu et nous sommes logés à Tiffauges.

Du 23 arrivés à Cholet, séjour ; et ensuite, travaillé à réparer le pont.

Le 7 Ventôse (25/02), attaque faite par les brigands contre les Chasseurs et les « frans » formés à Mayence et un bataillon de Grenadiers, ainsi que le 7° bataillon du Jura, sur la route de Villiers à Doué, qui étaient dans un village, et les brigands les ont entourés dans ledit village et (se) sont battus intrépidement et nous ont détruit beaucoup de monde ; environ midi, toute l’armée a marché au secours et nous les avons trouvés qui se battaient toujours en battant en retraite ; et de même, à notre arrivée, toute l’armée a de même battu en retraite jusqu’à une lieue proche de Cholet.

Page 55

Le 17 Ventôse (7/03), nous avons bivouaqué au sud de la ville sur la route de Nantes.

Le même jour, les Bourgeois de la Ville (Cholet ?) étaient obligés de quitter leurs domiciles et de se rendre à Nantes pour que aucun mal ne leur arrive ; ils ont eu trois jours pour se retirer avec tout ce qu’ils pouvaient emporter de leurs effets et autres, au sujet que on « battait rase » la ville, et qu’ainsi que ceux qui ne se retireraient pas seraient regardés comme brigands ceux qui ne se conformeraient pas aux ordres qui leur ont été signifiés.

Partis le 18 Ventôse de Cholet à Villiers et à Doué (La Fontaine).

Le 19, arrivés à Saumur ; séjour jusqu’au 28 ; arrivés à St Mathurin.

Du 29 à Angers.

Le 30 Ventôse, à Ingrandes et du 1° de Germinal à Ancenis.

Le 2 (22 mars), arrivés à Nantes ; (à partir) du 3 : séjour.

Du 7, partis pour Nozay et le 8 à Bain.

Le 9 Germinal (29/03), arrivée à Rennes, chef-lieu du département de l’Ile et Vilaine. Séjour le 10.

Partis le 11 à Tinténiac.

Le 12 à Saint Malo ; du 14 à Dol (de Bretagne).

Le 14 à Antrain.

Du 14 (4 avril), arrivés à Fougères et le 16 ….

Le 17, nous sommes arrivés à Vitré, en cantonnement.

Routes faites aux environs de Vitré, étant à la cherche des Chouans, pendant 4 jours de suite ; auparavant, on avait fait venir à Vitré tous les hommes de tous les villages des environs et on les a enregistrés ; cela a duré trois jours, et on les a fait coucher dans les églises ; et, ensuite, la garnison s’est formée sur 6 colonnes et chaque colonne a partagé les paysans que nous conduisions avec nous de manière que pendant les 4 jours que nous avons fait la recherche, nous n’en avons trouvé aucun – ainsi nous disions entre nous autres soldats, que nous les avions avec nous ! C’est ainsi que nous sommes partis de Vitré pendant le 1° jours par le bois de Coligny, Velet Lailly ( ?), Châtillon, St-Christophe, Montreuil, Chateaux Nay (Chatenay ?) Dampierre du Chemin, Parcée, Préniée, Croisir, Bourgond et à la Chapelle, dans l’étendue de l’Ile et Vilaine, le 6, 7, 8 et 9 Floréal (25 au 28 avril) de l’an 2 de la République.

Partis le 11 floréal (30 avril) de Vitré ; arrivés à Rennes, séjour. Ensuite, travaillé à l’hôpital de l’Egalité jusqu’au 9 de Messidor (27 juin) et ensuite partis pour Brest. Le même jour, arrivés à Montauban, du 10 à Broons.

Et le 11, Lamballe, petite ville.

Du 12 Messidor à Saint Brieuc, chef-lieu du département des Côtes du Nord.

Le 7 à Guingamp, ville.

Du 14 à Belle Isle (en Terre). Séjour.

Le 16, arrivés à Morlaix, département du Finistère ;

Et du 17 à Landivisiau, le 18 à Landerneau.

Arrivés à Brest le 19 du présent mois de Messidor (7 juillet).

Ensuite, logés aux quartiers de la Marine et je suis allé travailler dans le port au Bâtiment Civique depuis le 25 Messidor, Thermidor, Fructidor et les 5 jours complémentaires de l’an 2° de la République (21 septembre 1794).

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4° campagne de la Révolution Française et de l’an 3° de la République.

Continuons de travailler dans le port pour les bâtiments civiques pendant les mois de Vendémiaire, Brumaire, Frimaire et Nivôse (le 12 Nivôse = 1° janvier 1795 « vieux style » qui est toujours la troisième campagne de la Révolution), Pluviôse, Ventôse et Germinal ; ces 10 mois travaillé dans le port ; ensuite, travaillé sur la place de …… St.Luis ( ?), dans Floréal, et, après, je suis allé travailler sur la place du Château avec mon frère Claude-Marie.

Et ensuite, nous avons été employés à travailler aux fortifications de la ville : Prairial, Messidor, Thermidor et les 5 complémentaires de la 3° année de la République (21.09.1795).

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Journal de l’an 4° de la République une et indivisible.

Je suis parti en détachement à Saint Renan, à 2 lieues de Brest, pour travailler à faire un parc pour loger les bœufs de l’armée et exploiter une petite forêt de 19 journaux. Travaillé les mois de Vendémiaire, Brumaire, Frimaire et Nivôse, ainsi que du 1° janvier 1796 vieux style. Ensuite que la 5° campagne de la Révolution Française de ladite année 4° de la République Française, continué à travailler à Saint-Renan dans la suite de Nivôse, Pluviôse, Ventôse et Germinal ; ensuite finir les travaux au 6 de Floréal de la présente année, 11ème jour que je me suis rendu à Brest.

Et le 1° de Prairial (20 mai), nous sommes partis pour nous embarquer pour aller à Qellern en garnison et je suis allé à Crozon qui est à 2 lieues. Y suis resté dans Messidor et jusqu’au 20 de Thermidor (7 août) ; et parti ledit jour pour Brest et de suite le 23 je suis parti pour aller travailler à raccommoder le pont du Château de Berthon ( ?) jusqu’au 2 de Fructidor.

Du 3, travaillé au bourg de …. Guenout (?)

Le 18, travaillé à la missionnaire de Landerneau jusqu’au 17 de Vendémiaire (8 octobre 1796) de l’an 5° de la République et, du 17, parti pour Brest.

Fin de la cinquième campagne et de l’an 4° républicain.

« Observations :

Ledit Joseph Tournier de la compagnie d’Ouvriers du Génie formée à Mayence, en est sorti par ordre du Général en Chef Oche (Hoche), le 25 brumaire, dont il a passé pour Caporal, pour former la 1° compagnie d’Ouvriers Expéditionnaires pour la 6° campagne de la révolution française et de l’an 5° de la république. »

La campagne d'Irlande

« A Brest le 25 brumaire ou 18 novembre 1796 ».

Etat qui renferme les mouvements de l’embarquement le 1° Frimaire (21 novembre). Embarqués à bord du vaisseau « le Watigny » de 74 pièces de canons. Le 14 de frimaire, désarmés jusqu’au 18 et rembarqués de nouveau à bord de « l’Indomptable » de quatre vingt (canons) ; employé à la suite de l’Etat Major pour être à la suite des officiers du Génie pour commander sur les travaux de retranchement à faire tout de suite après que nous aurions effectué la descente sur les côtes de l’Irlande.

Livre troisième qui contient et renferme le journal de mer de l’expédition d’Irlande, à bord du vaisseau de l’état (major) l’Indomptable, de quatre vingt pièces de canons, en date du 25 frimaire de l’an 5° de la République.

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Premièrement : le 25 du mois de frimaire (15 décembre), nous avons commencé à appareiller vers les 9 heures du matin et, sur les 10 heures, nous avons mis à la voile ; nous étions rendus dans la baie de Camaret et, de suite, nous (avons jeté une ancre pour ???) et nous y sommes arrivés par un vent d’est et de suite mouillé sur une ancre qui était la baie de ralliement de l’escadre composée de trois divisions qui renferme le nombre de 18 vaisseaux de guerre, 13 frégates et 3 bâtiments de transport et autres qui composaient la totalité de 43 voiles, où le tout se rassemble dans la baie de Camaret ; depuis le 25, du départ de la rade de Brest, jusqu’au 26 à 2 heures de l’après-midi que nous avons appareillé, nous avons mis à la voile par un vent de nord, nord-est et quart de nord-est de manière que notre vaisseau de 80 canons (soit) le ralliement de toute la 1° division, et nous avons pavillon carré au bout de notre grand mât ; et le contre amiral Bouvet, commandant notre division qui est partie la première, et notre capitaine de vaisseau et le 1° commandant de division qui commandait en sus de Bouvet qui est à bord de la frégate l’Immortalité, et le contre amiral Nilly, commandant la seconde division à bord de la Résolue, et Richerie, commandant la troisième division légère, et le vice amiral Le Gall, qui a le commandement général de toute l’armée navale , qui est à bord de la Fraternité avec le général en chef Hoche, et, de suite, toute l’escadre s’est mise en route, avec toujours le même vent Nord – Nord-est ; la mer était beaucoup agitée et, sur les 4 heures, toute l’escadre était en route et nous avons commencé à jeter le loch pour la première fois et, au bout d’une minute, on l’a retiré et nous avons filé 8 nœuds, qui fait environ trois lieues par heure ; et le vice-amiral Le Gall qui est à bord de la frégate La Fraternité nous a fait des signaux de passer au Raz qui est au sud et, de suite, les signaux se sont répétés dans tous les bords et, de suite, on a exécuté les signaux.

Sur les 5 heures et demis, les vents ont augmenté et nous faisions 3 lieues à l’heure ; à environ les 6 heures et demie, la mer est devenue bien grosse et le bâtiment beaucoup agité ; on a jeté le loche et nous avons vu par là que nous filions 10 nœuds par heure ; la nuit était tombée qu’on distingue à peine les bâtiments, ainsi on allume point les fanaux de crainte de l’ennemi et sur les 7 heures et demie, nous avons atteint la pointe du Raz. C’est le pilote qui s’en est aperçu dans l’instant et, de suite, il a dit à notre capitaine que nous allions tomber sur les rochers si nous ne virions pas de bord tout de suite ; et de sorte qu’il a ordonné de diminuer les voiles et, ensuite, il a fait « paravirer », et c’est ainsi que nous sommes parvenus à trouver le passage (et) de sorte qu’à huit heures, nous l’avons eu passé avec nos voiles de perroquet, de misaine et du grand mât, de manière, comme a dit le pilote, que c’était temps de virer de bord quand il l’a dit au capitaine, parce qu’il a été surpris de se trouver à cette hauteur et c’est juste qu’il a vu dans le moment que nous allions faire naufrage, et sur la Vieille de tous périr. A environ 8 heures et quart, nous avons reviré de bord pour continuer notre route et, dans le même instant, nous nous sommes tous trouvés divisés, car le passage du Raz est très difficile à passer dans la nuit, et surtout par un si mauvais temps que nous avons, comme tous les officiers du bord disaient. Sur les 8 heures et demi, nous faisons notre route, gagnant ( ???) sur le Nord, nord-est et quart de nord.

A environ les 9 heures moins le quart, nous avons entendu tirer le canon et, juste après, des fusées en l’air et précisément c’était à la pointe du Raz où nous avions passé et, au même instant, j’étais sur la dunette derrière et ensuite les officiers de bord me disaient que c’étaient des bâtiments qui demandaient du secours, de sorte que, par notre éloignement, il est impossible de pouvoir leur en donner, et nous continuons toujours notre route au nord – nord-est et avec les mêmes vents et de la pluie ; à environ 10 heures, nous avons perdu de vue les cotes de la France et notre route a été continuée dans la nuit toujours de même. Sur la même partie du Nord, sur les 7 heures du matin du 27 frimaire, le Contre Amiral Bouvet a signalé (hissé) le pavillon de reconnaissance et toute la division l’a répété, qui est toute réunie le matin à 7 heures et demi.

Et sur les 7 heures, la frégate l’Immortalité a viré de bord et de suite regagné au vent à (vers) nous et elle s’est approchée en arrivant par tribord et le capitaine de la frégate nous a demandé si nous avions eu des connaissances ,depuis notre départ, de la frégate La Fraternité où sont à bord le Vice Amiral Le Gall et le Général Hoche, ainsi que des autres bâtiments qui font partie des deux autres divisions. Notre capitaine lui a répondu que aucunement nous les avions point vus depuis notre départ et que rien nous a été encore connu jusqu’actuellement.

Nous suivons toujours notre route avec les mêmes vents et, à environ midi, nous avons la récapitulation de toutes les voiles (=les navires). De 43 que nous étions à notre départ, il nous manque 18 voiles qui se trouvent absents de nous.

Il est trois heures de l’après-midi et, jusqu’à ce moment ci, aucun nous est encore connu et les vents viennent de commencer à diminuer, et nous mettons la plus grande partie de nos voiles dehors – qui sont de misaine, du grand mât et avec notre grand perroquet – et nous avons vent largue et nous poursuivons notre route ????? sur Nord-Ouest par les vents suroît et nous tenons le plus près. Sur les 5 heures et demi du soir, nous ne filons plus que 3 nœuds à l’heure et, pour lors, sur les 6 heures, il n’y a rien de nouveau, le mauvais temps est venu avec de la pluie et les vents de suroît ont augmenté et nous avons été obligés de diminuer les voiles.

A environ 8 heures, les vents se sont apaisés ; sur les 10 heures du soir, nous continuons la route comme à l’ordinaire avec toujours les mêmes vents. A 3 heures du matin, la mer est très agitée.

La journée du 28 frimaire (18 décembre 17969), nous faisons toujours notre route sur la partie du Nord, Nord-Ouest ; sur les 7 heures du matin, on a commencé à faire des signaux de reconnaissance et de suite nous venons de commencer à forcer les voiles, suivant toujours notre même route. A midi, nous avons hissé le pavillon d’attention pour faire exécuter aux autres bâtiments la même route que nous faisons. Et jusqu’à présent, rien de nouveau.

A environ 2 heures, le brouillard s’est levé et les vents se sont un peu apaisés. Continuons notre route au nord, et nous n’avons encore rien aperçu et nous avons les vents de suroît.

Environ les 5 heures du soir, on a fait les signaux de ne point s’écarter dans la nuit, au sujet que dans la route que nous faisons actuellement, nous pourrions trouver à tout instant des bâtiments ennemis et, ensuite, de faire la route ensemble comme nous la faisons actuellement sur le même degré de latitude, il est 6 heures, il n’y a rien de nouveau.

Le 29, sur les 3 heures du matin, nous avons aperçu une division à peu près de la même force que nous, à environ plus de 8 à 9 lieues de distance à tribord, qui est sous notre vent ; et, de suite, nous nous sommes préparés au combat, ne sachant point que c’était notre deuxième division. Etant en mer, on a aucun signal de reconnaissance et la distance empêche de connaître la manière dont les navires sont construits. Et c’est ainsi que nous nous sommes préparés à avoir un combat, et il faisait bien beau temps et nous avons continué notre route sur la même hauteur ; il était 5 heures du matin ; et eux en faisaient de même, toujours à la même distance.

A environ 10 heures du matin, la frégate « l’Immortalité » a été les reconnaître et de sorte qu’elle a trouvé la division du Contre Amiral Milly et à environ les 4 heures de l’après-midi, les deux divisions se sont trouvées réunies et nous avons fait la récapitulation de la quantité de voiles que nous sommes réunis et nous étions 36 ; il n’en manque plus que 7 et la frégate a Fraternité était du nombre de ceux qui manquaient ainsi que le contre amiral Richery commandant la 3° division.

Sur les 4 heures et demi, le vaisseau La Constitution est venu se placer à bâbord de nous et sur notre vent de manière qu’il nous a donné connaissance que le vaisseau Le Séduisant avait échoué à la Pointe du Raz et qu’il avait perdu beaucoup de monde, et même que le vaisseau Le Nestor était démâté et s’était écarté avec la frégate La Fraternité et la Cocarde, que nous en n’avions point eu de connaissance depuis notre départ.

Sur les 6 heures du soir du 29, il nous est venu un vent du Nord, nord-ouest, qui nous est contraire pour faire notre route vers le Nord, et de suite nous avons diminué les voiles pour retarder notre allure en espérant la frégate du Général ; sur les 10 heures du soir, nous avons viré de bord et nous avons fait route vers le Sud-est.

Le 30 frimaire au matin, et de suite, reviré de bord pour continuer notre route vers le nord par les mêmes vents du nord/noroît ; à environ 8 heures du matin, nous avons aperçu un voilier à bâbord de nous et la frégate la Bellone a chassé sur lui ; à midi, toujours rien de nouveau, ainsi que nous sommes tous surpris de ce que la frégate du général ne se trouve point ; à 7 heures du soir, les vents se sont un peu apaisés et nous réduisons notre route tant qu’il nous est possible croyant qu’à la fin toute l’escadre se réunirait afin que, dès notre arrivée, nous puissions effectuer notre descente.

Le 1er nivôse (21 décembre), à 7 heures du matin, nous avons aperçu la terre des côtes d’Irlande de manière que les troupes passagères étaient contentes ; et à environ 8 heures, la même division que nous avions trouvée le 29 frimaire se trouve encore réunie à la vue des côtes d’Irlande qui est la division du contre amiral Milly ; et sur les 10 heures, nous avons approché des côtes d’environ ½ lieue, et de suite, nous avons para- viré ; de sorte que nous avons fait que de côtoyer tout le reste de la journée. Et pour la nuit on s’en est écarté.

Le 2 nivôse, environ les 8 heures du matin, nous avions vent du Nord et de suite on a fait les signaux de gagner au vent pour tâcher de parvenir à entrer dans la baie de Bantry (Bintry ?).

Et sur les 10 heures du matin, nous avons commencé à gagner au vent pour y entrer pour mouiller et de manière que nous avions vent debout qui est le vent du Nord.

Enfin, nous sommes parvenus à y entrer en avant de cinq lieues après avoir tiré 12 bordées (bords) et de sorte que tout au plus si l’entrée de la baie a une lieue de large ; et qu’environ les 6 heures du soir, nous sommes mouillés.

La frégate l’Immortalité est entrée la première et est mouillée plus avant dans la baie de Bantry (Bintry). La mer est beaucoup agitée et de suite nous sommes restés mouillés sur une ancre.

Le 3 nivôse, nous avons aucune nouvelle de la frégate la Fraternité et nous sommes restés mouillés sur une ancre toute la journée et toujours en espérant le Général. Et toujours le vent du Nord qui nous empêche de parvenir au fond de la baie désignée pour le débarquement de toute l’armée passagère.

Le 4 du présent mois, nous avons appareillé pour faire route et toujours sans aucune nouvelle ; et à une heure de l’après-midi, nous avons mis à la voile et nous avons recommencé à tirer des bords, toujours avec le vent du nord qui arrive du sens où nous devons nous rendre, et c’est ainsi qu’il est vraiment debout ; et après plusieurs bords  que nous avons tiré, la mer est devenue encore plus mauvaise, de sorte que nous sommes restés environ au même endroit ; et depuis il fait un temps furieux.

Sur les 4 heures, nous étions beaucoup en danger de périr, de manière que nous avons été obligés de suite de mouiller à 2 ancres de crainte d’être jetés sur les rochers, et, de plus, il tombait de la neige que le vent du nord chassait. Et à 7 heures du soir, il n’y a rien de nouveau.

Le 5 Nivôse ou 25 décembre, sur les 10 heures du matin, on a fait les signaux pour tenir conseil de guerre dans chaque bord (navire) pour décider définitivement si on effectuait la descente en l’absence du Général en Chef. Le peu de bâtiments que nous sommes, de sorte que le moment n’est point arrivé. L’élément de la mer s’y oppose avec un vent épouvantable du nord qui nous fait chasser de la baie plutôt que de parvenir à entrer dans le fond, et nous sommes tous dans l’incertitude de nous voir dans cette situation qui n’est point favorable et, de plus, se voir sans aucun des chefs supérieures – et il n’y a rien de nouveau au sujet du conseil de guerre sur les 4 heures du soir.

A environ 6 heures du soir, la frégate l’Immortalité où est à son bord le contre amiral Bouvet vient de passer sur l‘avant de notre vaisseau ; en passant, il nous a dit de couper nos câbles et de partir, ce que nous n’avons point fait ; de plus, il nous a dit qu’un de ses câbles s’était rompu et qu’il a été obligé de couper l’autre pour mettre à la voile pour partir afin de ne pas être jeté à la côte ; de plus, il était mouillé tout proche. Enfin, plusieurs autres bâtiments sont de même partis le soir du 25 décembre ou 5 Nivôse. Sur les 7 heures du soir, nous sommes obligés de préparer la 3° ancre voyant que les deux autres ne suffisent pas, que nous chassons toujours.

Le 6 – ou 26 décembre, à 7 heures du matin, nous avons les brouillards très épais, on ne peut apercevoir aucun navire. Sur les 8 heures, de même. A environ 9 heures, la brume se lève et de suite nous nous sommes aperçus qu’il était parti beaucoup de bâtiments. Le 5 au soir et le présent jour, la plus grande partie se trouve partie ; d’ailleurs nous sommes bien persuadés que c’est le mauvais temps qui les a forcés, pour lors nous sommes restés mouillés dans la baie de Bantry (Bintry). a 4 heures du soir du 6 nivôse, 7 vaisseaux, tant frégates que lougres, et la corvette Atalante, soit 10 voiles en tout.

Le 7 à 8 heures du matin, notre capitaine commandant la division a fait faire les signaux pour que les autres voiliers qui sont restés mouillés avec nous envoient un officier de chaque bâtiment à notre bord.

C’est ainsi qu’ils ont tenu, en secret, conseil de guerre : comme le vent du nord s’était un peu apaisé, décider si nous voulons rester mouillés en espérant les autres deux divisions et le général qui en fait partie - ou si nous devons partir.

Sur les 9 heures, nous avons entendu le canon aux environs des côtes, sur la partie occidentale, de manière que c’était la frégate La Résolue qui demandait du secours parce qu’elle a fait naufrage … abordage du vaisseau le Redoutable tout démâté de ses trois mats.

A environ 1 heure de l’après-midi, le conseil de guerre était assemblé et, à 2 heures, il était décidé d’appareiller et de mettre la voile le plus tôt possible ; depuis, nous avons tourné au cabestan à commencer depuis 9 heures du matin jusqu’à une heure pour avoir une ancre et, de suite, nous avons mouillé à pic sur l’autre ; il était 4 heures du soir où le vent du nord est devenu plus fort que jamais, et nous avons de suite mis à la voile, la mer étant beaucoup agitée, comme nous l’avions point encore vue depuis notre départ de Brest ; ainsi, il nous était pas possible de mettre à la voile sans être mouillé à pic par rapport au mauvais temps et, de suite, nous avons coupé notre câble de crainte de ne point pouvoir gouverner et d’être jetés à la côte comme nous sommes dans une baie qui n’a qu’une petite lieue de large. A environ 5 heures, nous sommes sortis de la baie et nous avons mis à la cape et on a allumé les fanaux pour qu’on puisse se distinguer et ne point s’aborder.

Et il n’y a dehors que le petit foc du mât de beaupré ; à environ minuit, nous avons eu des coups de vent qui nous jetaient des lames d’eau par derrière, sur la dunette, qui traversaient le bâtiment d’un bout à l’autre, et l’eau entrait par les écoutilles ainsi que dans la Grande Chambre et on a eut tout notre était major qui a été mouillé avec leur butin, effets, leur lit ; de manière qu’ils ne savaient plus que dire de se voir dans la même situation, et ils battaient en retraite dans leur chambre et de savaient que devenir de sorte que tout la troupe tombait de rire, de manière que l’eau entrait, ressortait par les écoutilles et cela a duré plus d’une demie heure de temps.

Le 8, sur les 3 heures du matin, nous avons tiré trois coups de canon et ensuite nous avons jeté trois fusées en l’air pour donner le signal de nous suivre, comme on est obligés de marcher au gré des vents ; à environ 4 heures, les vents se sont un peu apaisés, faisant notre route au sud, et de suite, nous avons tiré trois coups de canon et de même jeté trois fusées et à 4 heures et ½, nous avons commencé à pouvoir gouverner de manière qu’on a mis les voiles dehors à 6 heures du matin ; de même nous avons tiré trois coups de canon et jeté 5 fusées en l’air pour faire suivre les autres bâtiments. Toujours vent de Nord, continuant notre route au Sud. Sur les 7 heures, le lougre le Renard nous a apporté la nouvelle que le vaisseau le Cassard avait perdu trois ancres dans la baie et 2 de ses câbles avaient cassé ; et il a fait demander à notre capitaine si il voulait faire route pour Brest, et il lui a fait dire de nous suivre par crainte qu’il ne lui arrive aucun mal.

A environ 1 heure de l’après-midi, il nous est venu des vents de suroît et nous faisons toujours notre route au sud-est, côtoyant les côtes de l’Irlande. Sur les 2 heures, nous avons aperçu un navire à notre vent et ensuite la frégate la Bellone a chassé sur lui ; elle l’a atteint sur les 3 heures de manière qu’elle l’a fait amener et passer près de notre bord et nous a donné connaissance qu’il venait de Lisbonne, au Portugal, et qu’il faisait route pour Portsmouth en Angleterre ; ainsi, de plus, nous a rendu compte qu’il y avait 40 voiliers marchands qui faisaient la même route que lui et devaient pas être bien loin, où il y avait 2 frégates et 2 vaisseaux qui les escortaient.

A 3 heures et demi, les vents ont changé ; les vents du nord sont revenus et la prise a été coulée tout de suite dès que l’on en eu tiré les prisonniers et on en a sauvé aucune marchandise.

Le 9 nivôse (29 décembre), nous avons commencé à faire notre route pour Brest avec les vents de noroît, la mer beaucoup agitée, nous avons les vents derrière. Sur les 10 heures du matin, nous avons aperçu plusieurs voiles à tribord et nous n’en pouvons point distinguer le nombre par l’éloignement, ainsi cela nous a fait aucun dérangement pour faire notre route. A 5 heures, rien de nouveau.

Le 10, environ 10 heures du matin, nous continuons toujours notre route pour Brest, ayant toujours les mêmes vents de nord-ouest et sans apercevoir aucun navire ; il est environ 4 heures du soir, toujours sans aucune nouvelle des deux autres divisions. Il nous paraissait que notre mission s’avance d’être faite, nous devons approcher de Brest suivant les rapports des officiers du bord qui le connaissent à leur compas, et nous avons bien beau temps.

Le 11, de même que le 10, nous continuons toujours notre route avec les vents de nord-ouest et nous avons dehors notre misaine avec notre grand foc du grand mât et nous avons vent derrière et nous sommes bien bercés, notre batterie de 24, des fois, les canons touchent l’eau.

Le 12 nivôse, ou 1er janvier de 1797, bien beau temps ; continuons toujours notre même route ; à environ 4 heures du matin, nous avons aperçu l’île d’Ouessant, et toujours les vents de nord-ouest ; sur les 10 heures, nous avons dépassé l’île en la laissant sur bâbord ; à 1 heures de l’après-midi, nous avons commencé à passer la Roche Minguard et, à trois lieues nous sommes arrivés en rade ; et ensuite, nous étions mouillés à 4 heures.

Fait et arrêté le présent journal de l’expédition qui commença le 25 et 26 frimaire de la présente année et finit en date du 12 nivôse, ou premier janvier de 1797.

Fait à bord de l’Indomptable, vaisseau de 80 pièces de canon, fait par Claude Joseph Tournier de Châtillon sous Curtine, du Jura, employé à la suite des officiers du génie de l’Etat Major de l’armée expéditionnaire ; fini en rade de Brest le 12 nivôse de le présente année, 5° de la République.

Le 13 nivôse (2 janvier 1797), à 10 heures, « suis désarmé ( ?)  et ensuite travaille à l’Hospice » (de Brest) jusqu’au 11 ventôse (1er mars) jour où il quitte Brest.

Notes et mentions marginales

Le journal ne précise pas les raisons d’un périple qui, en une cinquantaine d’étapes, mène à Koblenz et sa région ??

Nous savons que Claude Joseph appartenait à l’armée de Sambre et Meuse et avait été détaché – probablement avec des compagnons du 5° bataillon du Jura – à l’expédition d’Irlande après un séjour à Brest. Sans doute devait-il rejoindre (avec ses camarades) son corps d’armée qui devait se trouver au nord, occupé à conquérir (ou reconquérir ! ) les places abandonnées après la reddition de Mayence.

Quelques mentions marginales sur son journal précisent :

- Le 18 germinal (an 5) Armée de Sambre et Meuse à Givet (actuellement en Belgique, mais alors département français)

- du 28 au 29, attaque de la tête de pont de ….. (illisible) par les français (ils sont dans la région de Cologne)

- le 30 blocus du fort … « d’Eruibrinstin ? »

- 1er floréal : en faisant notre route, rencontre de 3.500 prisonniers faits à la tête de pont de ….. ?

- travaille à Gultz (Guls) du 4 au 17 prairial au parc de siège sur la Moselle (qui rassemble probablement le matériel de l’armée de Sambre et Meuse ?)

- ensuite, séjour à Audernach et Neuwied jusqu’à son congé, le 1er thermidor (19 juillet 1797)

Et, en 12 étapes, il arrive à Châtillon le 12 thermidor, à 3 heures du matin (le 30 juillet).

Le trajet a probablement été effectué en voiture de poste, et à chaque étape du soir, il devait faire viser son ordre de route, recevoir le prix de l’étape suivante et son billet de logement.

Exemple : « Arrivé de Neufchâteau le 7 thermidor, remis deux livres huit sous pour se rendre à Langres » …

Généalogie

Claude Joseph a 33 ans, il s’installe à Châtillon, probablement chez ses parents qui étaient propriétaires, en qualité de maître menuisier charpentier.

Qu’étaient devenus ses frères et sœurs ? Des recherches sont à faire.

Il épouse Claudine le 20 février 1802, il a 38 ans.

Claude Joseph Tournier est né à Chatillon sous Curtine (Jura) le 13/08/1764 .

Décédé au même lieu le 21/09/1840.

Fils de Jean-Baptiste, laboureur et maître d’école, né le 18/06/1734 à Chatillon, époux de

Jeanne Marie Bois (x 2/O2/1761), ils eurent 5 enfants, tous nés à Chatillon :

Jeanne-Pierrette (28/021761) - Claude Joseph - Claude Marie (10/03/1766) -

Jean-Jacques (3/10/1768) - Paul François (10/12/1770)

Il épouse Marie Claudine Tournier, probablement à Mont-Monnet, le 20/02/1802, descendante « d’honorable Antoine Tournier, chirurgien » et de Jeanne Nanau.

Ils ont eu 3 enfants tous nés à Chatillon :

Félicie (Jeanne Josette Félicité née le 17/03/1803) qui épouse à Mouchard, le 23/11/1834, Claude Jaillet.

Joseph François Xavier Urbain, né le 25/03/1807 - décède à Chalon S/Sne le 24/01/1868.

Antoine Théodore né le 17/O1/1812 décède Au Croisic le 13/11/1853 laissant 5 enfants.

Urbain s’établit à Chalon en 1835 comme chargeur, il demeure en l’ile Saint Laurent où ses descendants résident toujours. Il épouse Victorine Faivre, native de Chaumusse (Jura).

Ils eurent 3 enfants : Caroline, Jacques Honoré et joseph Eugène.

Honoré fut maître chaudronnier et fabricant d’ alambics et d’appareils de chauffage.

Il eut deux fils : Jacques Eugène (militaire de carrière) et Claude Joseph (1877/1962) qui lui succéda, lequel n'eut pas de descendants mâles.

Le dernier du nom, de cette branche, Claude Joseph (1877/1962) fut 35 ans premier adjoint au Maire de Chalon, président du Conseil d'Arrondissement, juge au tribunal de commerce, membre de Chambre de Commerce, etc... c'était un "personnage" !


Michel SERRES


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